Jeff Koons, la rétrospective

Du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015 Jeff Koons est exposé au dernier étage du Centre Pompidou, Galerie 1, aux cotés de Marcel Duchamp – La peinture même, artiste phare du XXe siècle, inventeur des fameux ready made et souvent évoqué comme source d’inspiration à l’oeuvre de Koons. L’espace que le Centre lui consacre, dans la lignée des nombreuses autres grandes rétrospectives ayant eux lieu au MNAM, est très prestigieux. Si Jeff Koons a déjà fait l’objet de nombreuses expositions, présentant des ensembles précis de son travail ou bien des sculptures spécifiques, aucune exposition n’a encore rassemblé son œuvre de manière exhaustive et chronologique, couvrant toute sa production. La rétrospective du Centre Pompidou, qui fait suite à celle du Whitney Museum of American Art de New York (qui s’est déroulée du 27 juin au 19 octobre 2014), présente aux spectateurs une centaine de sculptures et peintures, venues de toutes parts.

Photographie de l'exposition Jeff Koons au Centre Pompidou  © beaubourgetlenumérique.wordpress.com

Photographie de l’exposition Jeff Koons au Centre Pompidou © beaubourgetlenumérique.wordpress.com

Parcours de visite : découvrir l’exposition 

L’espace d’exposition, assez vaste, est aménagé selon un parcours de visite à thèmes, mettant en évidence les différents cycles de travail de l’artiste de manière chronologique. Cette présentation à pour avantage de présenter la diversité des oeuvres de Jeff Koons tout en retraçant son parcours intellectuel au fil des années. Ainsi la série des Inflatables est considéré par Jeff Koons comme sa première se composant de jouets gonflables colorées, la série Equilibrium consacrée au « rêve américain » présente -entre autre – les fameux ballons en équilibre dans de l’eau : les Tanks. Plus loin dans l’exposition, Made in Heaven présente des oeuvres regroupées dans une salle interdite aux jeunes publics ; une série de mises en scènes pornographiques avec la Ciocciolina. Un parcours qui se clôt avec la série Gazing Ball, exposant des répliques de chefs d’oeuvres de la culture classiques, sculptures reproduites en plâtre et détournées.

En bref, l’espace d’exposition est vaste, clairement organisés autour de thèmes définis par des textes explicatifs sur les murs. Le parcours est rendu de ce fait assez agréable et plutôt ludique – comme le voudraient les oeuvres de Koons. La visite en somme est assez rapide et claire. Au niveau de la présentation des oeuvres le choix d’une grande simplicité a été fait.

Photographie de l'exposition Jeff Koons au Centre Pompidou, série Made in Heaven  © beaubourgetlenumérique.wordpress.com

Photographie de l’exposition Jeff Koons au Centre Pompidou, série Made in Heaven © beaubourgetlenumérique.wordpress.com

La place laissée au numérique au sein de l’exposition

Dans un musée s’intéressant tout particulièrement à la création contemporaine et aux nouveaux médiums tels que le numérique, et lors d’une exposition sur un artiste contemporain américain utilisant largement  les technologies numériques pour la conception de ses oeuvres il est intéressant de se demander : quelle est la place laissée au numérique dans l’espace d’exposition même ?

La réponse est simple : quasiment aucune ! L’exposition dans son genre reste en effet tout à fait « classique » : pas de vidéos projetées sur les murs, d’écrans tactiles, d’équipements interactifs etc. Rien de tout cela. Si ce n’est la possibilité – aujourd’hui de plus en plus répandue dans les musées – de louer un audioguide ou de se connecter au wifi gratuit du Centre Pompidou afin, si on le souhaite, de pouvoir diffuser des images de sa visite sur les réseaux sociaux. A ses cotés, l’exposition Marcel Duchamp propose bien plus de programmes numériques que sa voisine. Le choix a donc été orienté vers une grande sobriété numérique en comparaison avec certaines autres manifestations du Centre. Cet exemple de l’exposition Jeff Koons, semble nous démontrer au moins une chose : si le numérique entre de plus en plus dans les pratiques muséales il n’est pas cependant omniprésent. Mais qu’en est-il de l’exposition en ligne et sur les réseaux sociaux ? Le numérique n’est-il pas présent d’une autre façon ? 

Exposition Jeff Koons au centre Pompidou

Exposition Jeff Koons au Centre Pompidou

Avant et après l’exposition : et sur le site ?

Pour chacune de ses expositions Beaubourg propose sur son site web une page tout spécialement dédiée à l’évènement, généralement signalée sur sa page d’accueil par une image représentant l’exposition : ici le Ballon Dog magenta. Cette page c’est la « représentation » officielle de l’exposition sur internet. Mais alors quels contenus numériques propose-t-elle et quelle est la place laissée aux outils numériques ?

Une vidéo tient lieu de bande annonce à l’exposition (voir teaser ci-dessus). On y trouve également une présentation de l’évènement, toute sortes d’informations (une interview de l’artiste, entre autre) et d’indications pratiques, la possibilité d’acheter ses billets en ligne, les évènements en rapport et les liens vers les produits dérivés…Pour Jeff Koons, est également proposée une page Facebook ainsi qu’un #Koons sur Twitter.

On notera ainsi que si les dispositifs numériques en ligne sur le site web à propos de l’exposition ne sont pas très variés et ne proposent pas beaucoup d’options (mise en ligne de plus d’images de l’exposition ? Dossier pédagogique ? etc.) et que si  la rétrospective elle-même ne propose par beaucoup de dispositifs numériques, l’exposition, tout comme le Centre Pompidou à plus grande échelle, est bien présente sur les réseaux sociaux, lieux rapides de relais de l’information ou tout est quasiment en temps réel. Sur Twitter de nombreux internautes postent déjà des articles quand à la fréquentation record de l’exposition, les images des visites sont mise en lignes. Et les médias, il est vrai relaient eux aussi à leur tour l’information, présentant différents articles disponibles sur le web sur le sujet.

Cette caractéristique, que l’on retrouve donc à l’échelle du Centre, fait partie des stratégies principales voulues par le Centre Pompidou. Ainsi, à travers cet exemple on comprend bien que le Centre Pompidou développe son rapport avec le numérique dans une volonté d’interactivité avec le public, de diffusion et de documentation des oeuvres. Les technologiques deviennent un important médiateur culturel de relais de l’information. Si le numérique n’est pas présent directement dans l’exposition Jeff Koons, il est bien présent « autour » de l’évènement. 

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Une star de l’art contemporain

« L’art doit être accessible à tous. Le monde de l’art utilise le goût comme forme de ségrégation. J’essaye de faire un travail que tout le monde puisse aimer, que les gens les plus simples n’imaginent pas ne pas pouvoir comprendre. Je viens d’un milieu très provincial. » Jeff Koons

Parcours de l’artiste

Jeff Koons, 2003, http://www.moreeuw.com

Jeff Koons, 2003, © http://www.moreeuw.com.

Né en 1955 aux États-Unis (à York, en Pennsylvanie) Jeff Koons expose ses premières oeuvres (copies de grands peintres) dans la boutique de son père, décorateur d’intérieur. Il grandit dans le milieu de l’art et des objets d’art et dit à ce sujet : « Je suis probablement devenu artiste car mon père était décorateur d’intérieur. C’est lui qui m’a initié à l’esthétique. Je me rendais dans son magasin et je voyais toutes ces couleurs, ces textures et ces objets : des lampes, des tables, des chaises… », « Cela m’a donné une vraie estime de moi-même et une certaine “position” au sein de ma famille, mais aussi dans notre entourage proche ».

Il commence à étudier le dessin et la peinture en 1962, puis entre en 1972 à l’Ecole des Beaux-Arts du Maryland Institute à Baltimore ou il apprend l’art et le design pour continuer son parcours en 1975 à l’Institut des Beaux-Arts de Chicago. Il s’installe ensuite à New York, où il devient coursier à Wall Street durant 10 ans, activité à coté de laquelle il commence a créer des oeuvres (de manière a pouvoir les financer). En 1980 il présente sa première exposition, intitulée The New, au New Museum of Contemporary Art de New York.

Oeuvres, réalisations et tendances

Aujourd’hui, l’essentiel de ses conceptions se font sur ordinateur, à partir de bouts de magazines scannés, de fragments de tableaux déjà existants ajoutés à une multitude d’éléments trouvés sur le net. Le tout est ensuite assemblé et mixé sur écran, jusqu’à obtenir la maquette définitive qui servira de modèle aux exécutants une fois les couleurs analysées numérotés et préparées. Koons travaille en effet avec des assistants, possédant 5 ateliers et plus d’une centaine d’employés. De par cette démarche : mêler à son propre travail des fragments ou des éléments extérieurs, il souhaite faire dialoguer ses oeuvres avec l’histoire de l’art. Il réalise des séries détournant des oeuvres antiques tels que la Metallic Venus en 2010-2012.

Jeff Koons dans son atelier entouré de ses assistants.

Jeff Koons dans son atelier entouré de ses assistants.

Lors de son exposition en 2008 au château de Versailles il déclarera : « C’est vraiment un sommet de ma vie. Voir mes oeuvres dans les jardins et dans différentes pièces est quelque chose d’extraordinaire. C’est un moment extrêmement fort parce que le dialogue qui s’établit ici semble naturel. Avec toute l’histoire de Versailles et tout l’aspect esthétique, il se crée des échanges, des interactions, des connexions multiples sous de nombreux angles, à commencer par celui concernant aussi bien le contrôle que l’absence totale de contrôle. »

Metallic Venus high chromium stainless steel with transparent color coating, live flowering plants 100 x 52 x 40 inches 254 x 132.1 x 101.6 cm © Jeff Koons 2010-2012

Metallic Venus
high chromium stainless steel with transparent color coating, live flowering plants
100 x 52 x 40 inches
254 x 132.1 x 101.6 cm
© Jeff Koons
2010-2012

Three Ball 50/50 Tank (Two Dr. J Silver Series, Wilson Supershot) glass, steel, distilled water, three basketballs  60 1/2 x 48 3/4 x 13 1/4 inches  153.7 x 123.8 x 33.7 cm  Edition of 2 © Jeff Koons 1985

Three Ball 50/50 Tank (Two Dr. J Silver Series, Wilson Supershot)
glass, steel, distilled water, three basketballs
inches
153.7 x 123.8 x 33.7 cm
© Jeff Koons
1985

Héritier du Pop art, souvent mis en parallèle avec Andy Warhol, s’inspirant de la culture américaine, ou avec Marcel Duchamp connu pour ses ready made, il se plait à utiliser des objets de la vie quotidienne. Il expose radio, grille pain, ballon de basket et les met en scène sur des lumières fluorescentes, dans des vitrines. Sa série Three Ball Total Equilibrium Tank (Ballons de basket en équilibre dans de l’eau dans une vitrine) en est un bon exemple.

Il développe aussi beaucoup l’univers du jeu et de l’enfance avec sa série de fleurs en plastiques et de ballons qui prennent différentes formes, lego, pate à modeler, chiens…(les fameux Balloons Bogs!). Il emploie pour cela des couleurs franches et vives rappelant la société de consommation ou l’univers de Walt disney. Il est souvent considéré comme le maître incontesté du Kitsch, c’est à dire « l’accumulation et l’usage hétéroclite, dans un produit culturel, de traits considérés comme triviaux, démodés ou populaires ».

Il utilise également la photo et la publicité, les détournant dans des affiches souvent humoristiques de manière a ce que son art touche un plus grand nombre de personnes, utilisant des sujets populaires. Dans Aqua Bacardi, il décline une publicité, copiant minutieusement tous ses détails (utilisant un support classique, celui de l’huile sur toile) avec un sujet peu classique, qui est en fait une « fausse publicité ». Il pose donc la question de l’authenticité de l’œuvre. En effet, dans une société ou la reproduction, les médias, le développement des images sont omniprésentes : la frontière entre œuvre réelle et reproduction devient plus faible.

Aqui Bacardi oil inks on canvas 45 x 60 inches 114.3 x 152.4 cm © Jeff Koons Edition of 2 plus AP 1986

Aqui Bacardi
oil inks on canvas
45 x 60 inches
114.3 x 152.4 cm
© Jeff Koons Edition of 2 plus AP
1986

Son oeuvre possède également une grande dimension provocatrice. En 1991, il se marie avec la Cicciolina, actrice de films pornographiques et politicienne italienne avec qui il crée la série intitulée Made in Heaven qui exhibe des images de l’artiste nu et de sa femme à moitié dénudée faisant l’objet de nombreuses polémiques aux États-Unis. Il réalise des statues représentant des positions de Kama sutra.

Made in Heaven lithograph billboard  125 x 272 inches 317.5 x 690.9 cm  © Jeff Koons Edition of 3 plus AP 1989

Made in Heaven
lithograph billboard
125 x 272 inches, 317.5 x 690.9 cm
© Jeff Koons
1989

Plus récemment, en 2014, il a réalisé la dernière pochette d’album de la chanteuse pop Lady Gaga : l’album est, en soi, un symbole pop tant les artistes du pop art ont aimé s’y frotter, à commencer par Andy Warhol pour les Rolling Stones. Avec cette collaboration il tente de toucher a tous les arts dans une volonté de détruire cette hiérarchie entre les arts, d’abolir les frontières.

Mondialement connu, Jeff Koons réalise donc des oeuvres très diverses. Très prisé des collectionneurs, il a acquis le statut d’artiste le plus cher du monde en 2013 ; lors d’une vente aux enchères, l’un de ses Balloon dog s’est arraché à 58,4 millions de dollars (soit 46,7 millions d’euros). L’ensemble de ses oeuvres et de ses expositions sont consultables en ligne sur le site internet de l’artiste, ainsi que la biographie et le parcours et la biographie de l’artiste. Jeff Koons est également en ligne à travers les réseaux sociaux pour des actualités plus directes et interactives : il possède un compte Twitter et un compte Instagram (ce dernier étant peu fourni).

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Pochette du troisième album de Lady Gaga, réalisée par Jeff Koons